C’est une nouvelle corde à son arc que notre jeune Président nous a révélée samedi à Strasbourg, pour les obsèques d’Helmut Kohl, et qui fera aussi merveille, mercredi, aux Invalides, pour l’hommage qu’il rendra à Simone Veil : celle du jeune et brillant organisateur des obsèques d’une certaine France, d’une certaine Europe. Les commentateurs ont, à juste titre, rapproché les destins et les engagements de ces deux figures de la construction européenne des années 1975-1995.

C’est une nouvelle corde à son arc que notre jeune Président nous a révélée samedi à Strasbourg, pour les obsèques d’Helmut Kohl, et qui fera aussi merveille, mercredi, aux Invalides, pour l’hommage qu’il rendra à Simone Veil : celle du jeune et brillant organisateur des obsèques d’une certaine France, d’une certaine Europe. Les commentateurs ont, à juste titre, rapproché les destins et les engagements de ces deux figures de la construction européenne des années 1975-1995.

J’y songeais en voyant comment la génération de mes parents, qui a voté à 80 % pour Macron, qui vit depuis deux mois dans un état de grâce inouï, suit la larme à l’œil ce film qui les plonge dans leur passé : ils avaient alors mon âge, la quarantaine, Simone Veil présidait le Parlement européen à Strasbourg, Kohl donnait la main à Mitterrand à Verdun. Nos parents ont versé des larmes sur ces moments-là.

Avec Macron, séquence nostalgie, ils en reversent, c’est toute leur vie qui défile à nouveau. Ils se disent que c’était beau, qu’ils ont bien agi. Et Macron est cet enfant rêvé, ce gendre idéal qui vient le leur dire : oui, vous avez bien agi, bien voté, hier comme il y a deux mois. Entre cette génération blanchie de la guerre et du baby-boom et ce rejeton, l’accord est parfait, la connivence totale.

Et l’on se prenait à imaginer qu’un quinquennat Macron pourrait se dérouler ainsi, dans un état de grâce et de nostalgie permanentes, comme on en demande à cet âge. D’autres décès surviendront : Robert Badinter a le même âge que Simone Veil, et puis il y aura Giscard, et puis Chirac, et Jacques Delors, un jour ou l’autre. Invalides, Panthéon, Parlement de Strasbourg. Et retour.

Comme on laisse les vieillards dans nos maisons de retraite ou nos salons regarder leurs vieux films préférés le son à fond (car ils sont sourds et on veut aussi couvrir les cris d’à côté…), Macron a trouvé là un nouveau filon pour son « business model », comme il le dit lui-même.

C’est l’une des déclinaisons de la silver économie. Il suffisait d’y penser. Et le modèle fonctionne avant comme après l’élection. Et devrait même permettre d’en enjamber quelques-unes, dans une France et une Europe grises où les seniors pullulent.

Macron, patron d’un ciné-club pour maison des vieux ? Oui, une sorte de Claude-Jean Philippe jeune, faisant revivre les stars et starlettes de nos parents vieillissants, toutes leurs amours, toutes leurs nostalgies.

Nos parents et nos grands-parents ont chargé ce brillant jeune homme d’être leur exécuteur testamentaire. Et il s’acquitte de son rôle à merveille. Leur disant que la belle histoire va continuer, que tout ira bien. En évitant de rappeler toutes leurs erreurs. Celles des stars comme celles du public qui les a suivies. La France et l’Europe abîmées, dégradées ? Certes, c’est bien eux, aussi, qui l’ont voulu par leurs décisions et leurs votes de quarante ans. Mais cela ne se dit pas, à leur âge et dans ces circonstances, quand on est un gendre, un fils ou un petit-fils bien élevé.

Vous savez, comme quand on évite de chagriner nos anciens avec les graves problèmes de sous, de voisinage ou de divorces des jeunes générations. Mais, non, Papi, tout va bien pour eux, ne t’inquiète pas ! La peine de mort ? Oui, abolie partout. (Ne lui dites pas, pour ces histoires d’attentats ou de décapitation.) La condition des femmes ? Formidable ! (Bon, pas la peine de lui parler des zones ou des cafés interdits.) L’Europe, ça va ? Oui, bien sûr ! (Cologne, Molenbeek, Calais, Lampedusa, et la Manosque de son enfance ? Pas de mises à jour de ses vieilles cartes postales.)

Et là, Papi se retourne vers Mamie : « Il est bien, ce Macron, vraiment… On a eu raison. »

Source : Boulevard Voltaire