Libre entrée des Turcs en Europe : en échange de quoi ?

Libre entrée des Turcs en Europe : en échange de quoi ?

 [Source: Liberté Politique]

L’Union européenne a accordé à la Turquie le droit d’entrée sans visa de ses ressortissants sur le territoire de  l’Union européenne à partir du 1er juin.

En échange de quoi ?

Le 18 mars,  le président Erdogan prononçait un discours violent contre la Belgique: « Il n’y a aucune raison que la bombe qui a explosé à Ankara (une bombe venait d’exploser en effet le 14 mars, Erdogan accusant les Kurdes), n’explose pas à Bruxelles ou dans une autre ville européenne (…) Là, je lance un appel aux États qui leur ouvrent les bras qui, directement ou indirectement, soutiennent les organisations terroristes. Vous nourrissez un serpent dans votre lit. Et ce serpent que vous nourrissez peut à tout moment vous mordre (…) quand les bombes commenceront à exploser dans vos villes, vous comprendrez certainement ce que nous ressentons. Mais alors, il sera trop tard. »

Le 20 mars, le gouvernement turc convoquait  l’ambassadeur de Belgique pour demander que la Belgique ferme le pavillon installé par des  manifestants kurdes face au Conseil européen, à la station de métro Maelbeek. Pendant la nuit, les tentes ont été saccagées, avant d’être incendiées on ne sait par qui.

Quatre jours après le discours d’Erdogan, le 22 mars, des attentats frappaient Bruxelles, faisant 34 morts et 260 blessés. Un des deux attentats avait  lieu à la même station de métro Maelbeek.

Le  matin de cet attentat, le quotidien Star, organe officieux du régime  d’Erdogan, ouvrait sa « une »  sous le titre « La Belgique,  État terroriste ».

Le  23 mars  la presse turque gouvernementale se réjouissait de la punition infligée à la Belgique. Le même Star faisait  une édition spéciale intitulée : « Le serpent que nourrissait la Belgique en son sein l’a mordue »,   référence explicite au discours du président Erdogan du 18 mars, un autre journal  pro-Erdogan titrait : « Celui qui dort avec le terrorisme, se réveille avec lui.» Le même jour, le journal islamiste Akita, un des organes du Parti de la Justice  (gouvernemental) reprenait  le même argument en une: « La Belgique soutient  les terroristes  (…) Le  gouvernement belge, en soutenant les Forces de défense populaire (YPG)  ( Kurdes qui luttent contre Daesh  en Irak et en Syrie)  a agi comme s’il disait aux djihadistes:  « Venez me mettre des bombes ».

En octobre 2015, Erdogan venu faire  campagne à Strasbourg auprès des Turcs émigrés, pour les élections législatives du 1er novembre,  avait  attaqué avec violence l’Union européenne. Il présentait la Turquie comme le défenseur de « la vraie civilisation » face à une Europe affectée par « la xénophobie, l’islamophobie et le racisme ». Des bagarres eurent même  lieu à Bruxelles entre services de sécurité belges et turcs.

Le 11 janvier dernier, le roi Abdallah de Jordanie, à Washington, devant une commission sénatoriale[1], avait accusé le président Erdogan d’avoir organisé la vague de migrants vers l’Europe et d’y avoir intentionnellement infiltré  des djihadistes. On voit mal en effet comment un million de migrants auraient pu quitter la Turquie sans que le gouvernement turc y soit pour quelque chose. Il faut savoir que ces migrants, pour la plupart, sont non les vrais réfugiés de l’Est de la Turquie mais d’autres que les passeurs sont allés chercher via le Liban dans la région de Damas. Ces derniers seuls peuvent  payer entre 5000 et 10 000 € le passage en mer Egée. Réputé proche des Frères musulmans,  Erdogan, alors Premier ministre  rêvait en   1999 de conquérir  l’Europe par l’immigration : «Les minarets seront nos baïonnettes, les coupoles nos casques, les mosquées nos casernes et les croyants nos soldats.»

Proximité d’ Erdogan et de Daesh

De manière notoire, Erdogan continue à aider Daesh. Les 7500 camions qui font la force du khalifat autoproclamé, et la plupart de ses armes, ont transité par la Turquie. Daesh se finance en vendant au marché noir du  pétrole par la Turquie, le fils de Recip Erdogan étant une des intermédiaires. Par la Turquie transitent aussi  les dizaines de milliers de djihadistes venus du monde entier renforcer les groupes rebelles. Erdogan a ainsi contribué plus que quiconque à déclencher la guerre civile en Syrie puis à faire émerger Daesh . S’il  cessait de le soutenir, du jour au lendemain,  Daesh cesserait  d’exister. Daesh qui a revendiqué les attentats de Paris  et de Bruxelles.

Pour récompenser Erdogan de toutes ces bonnes manières, Angela Merkel est venue l’aider juste avant les élections du 1er novembre 1995 qu’il  risquait de perdre. Elle lui a promis à cette occasion 3 milliards d’euros, la reprise des négociations d’entrée de la Turquie dans l’Union européenne et la libre entrée des Turcs sur son territoire.

C’est exactement ce que la même  Merkel, négociant  au nom de l’Union européenne a concédé à Erdogan dans l’accord passé  le 18 mars.  Avec encore 3  milliards d’euros en prime.

Contrepartie : une vague promesse de cessation de l’afflux de réfugiés, la possibilité pour les Grecs de renvoyer  jusqu’à  72 000  réfugiés tenus pour faux en échange de vrais.  Cette seule clause, sans incidence sur le flux total qui dépasse aujourd’hui le million a néanmoins valu de toutes parts  aux Européens  un déluge d’opprobre de la part de la bien-pensance internationale.

Avec la libre entrée de ses ressortissants, la Turquie, qui bénéficie déjà de la libre entrée de ses  marchandises et d’aides considérables, est devenue de facto  membre de l’Union européenne, au nez et à la barbe des peuples qui n’en voulaient pas. Merci Madame Merkel, merci  l’Europe.

 

Roland Hureaux

[1] http://www.middleeasteye.net/news/jordans-king-accuses-turkey-sending-terrorists-europe-168759

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