La Clef Deschamps

La Clef Deschamps

Source [L’incorrect] À une époque pas si lointaine que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, le football n’était pas glamour. Il s’agissait d’une activité plutôt appréciée des masses laborieuses, pratiquée dans les campagnes et les cités ouvrières, assimilée au « peuple ». Les intellectuels de gauche comme de droite ne se cachaient pas de détester le football, à quelques rares exceptions près. Aujourd’hui, ce serait précisément l’inverse ; il semble presque obligatoire de vibrer et de se montrer passionné pour le ballon rond.

Entamée dans les années 80, période où le jeune Didier Deschamps affutait ses qualités de meneur au FC Nantes, la révolution du football français a achevé de changer l’idée que les Français se faisaient de ce jeu et de ce sport. Il y eut bien les Verts et leurs poteaux carrés, Séville et la défaite cruelle contre l’Allemagne en demi-finale de la Coupe du Monde 1982, et quantité d’autres matchs dramatiques, où la France endossait le rôle du perdant magnifique, proposant le plus beau jeu sans jamais parvenir à remporter un titre. Pour que le déclic se fasse, il a fallu attendre 1984, année de la consécration continentale lors de l’Euro à la maison et d’une victoire inattendue aux Jeux Olympiques de Los Angeles. Puis, les années 90 achevèrent de couronner le football français. Derrière les succès en clubs, avec la première Ligue des champions française de l’Olympique de Marseille en 1993, puis le phénomène de société 1998, un même homme, un gagnant qui abhorrait la défaite : Didier Deschamps. Peu étonnant, donc, qu’on le retrouve encore en 2018, devenant le troisième homme, après Mario Zagallo et Franz Beckenbauer, à gagner la Coupe du Monde en tant que joueur puis en tant qu’entraineur.

Intelligent, pragmatique et bosseur sont trois mots qui pourraient résumer Didier Deschamps. L’intelligence de Didier Deschamps a été perceptible dès la phase des poules, et plus encore dans les matchs à élimination directe. Le Bayonnais a maximisé le potentiel de ses joueurs en bâtissant un système de jeu ultra-performant, pensé pour un tournoi de sept matchs, faisant fi des critiques qui s’abattaient sur lui et le caractère peut être peu flamboyant, voire mécanique, du style proposé par l’Equipe de France. Oui, Didier Deschamps n’a pas été façonné au Milan d’Arrigo Sacchi, virevoltant et implacable, contrairement à d’autres joueurs de sa génération, mais par la culture de la victoire de l’Olympique de Marseille puis de la Juventus de Turin de Marcello Lippi. Son inconscient footballistique est donc italien, valorisant l’organisation tactique, la discipline, la rigueur dans le placement et l’efficacité devant le but. En 2018, il a tout simplement reproduit ce qu’il connaissait et ce qui l’avait porté sur le toit du monde, empruntant tant au susnommé Lippi qu’à son prédécesseur à la tête des Bleus, Aimé Jacquet

Didier Deschamps est intelligent parce qu’il est d’abord un pragmatique. Le jeu de possession à l’espagnole et à l’allemande des dernières années ? Les joueurs français ne pouvaient pas gagner ainsi. L’entraineur l’a d’ailleurs expliqué hier soir, en conférence de presse d’après victoire, répondant à une question sur l’héritage que lèguerait son équipe dans le football : « C’est une question difficile que l’héritage que laissera cette équipe. Quoi retenir ? Si on est champions du monde, c’est qu’on a fait les choses bien, ou qu’on les a faites mieux que les autres. J’avais un groupe jeune (Ndlr : le deuxième effectif le plus jeune de la compétition et le plus jeune à gagner un mondial) mais de qualité : l’état d’esprit des joueurs restera ma plus grande fierté. Je leur ai dit de ne rien lâcher, puis je leur ai redit, puis redit, puis… Je n’ai pas arrêté. Et ils n’ont rien lâché. Jamais. Durant cette Coupe du monde, on a compris que la maîtrise du jeu [une allusion aux sélections espagnole ou allemande, qui ont eu le ballon sans arrêt mais qui ont disparu prématurément, ndlr] ne suffisait pas. Après, est-ce qu’on est un beau champion ? On est champion ».

Seule la victoire est belle, Deschamps l’a bien compris. Gagner, gagner, encore et toujours gagner. En sport comme en politique, il faut avoir la défaite en horreur. Si nous devons retenir une leçon de Didier Deschamps, grand tacticien et grand meneur d’hommes, c’est bien cela. Cette année, dominer n’était pas gagner. Le Liverpool de Klopp avait démontré, quelques semaines auparavant, l’importance des phases de transition et de pressing. L’Espagne avait construit ses succès en confisquant la balle des équipes adverses, pour éviter de subir des contres et repousser au maximum les phases défensives qui lui faisaient tant de mal, comme le huitième contre l’équipe de France en 2006 l’avait prouvé. La France, ne pouvant pas jouer ce jeu là, a décidé d’utiliser sa force physique pour récupérer rapidement le ballon et utiliser la profondeur en lançant ses flèches, des joueurs extrêmement rapides tels que M’Bappé, capable de profiter des espaces pour aller très vite vers la cage. Ce n’est pas somptueux – disons que cela dépend des goûts -, mais ce fut diablement efficace dans cette compétition courte, où les adversaires n’ont pas le temps de correctement décrypter un système solide.

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