Alors que Nicolas Sarkozy suscite scepticisme et incrédulité par son ticket avec François Baroin, son ancien second, François Fillon s’est rappelé à lui, et à nous, par une proposition économique forte : le retour au plein-emploi.

Incontestablement, la comparaison Fillon-Baroin est accablante pour Nicolas Sarkozy car, en 2007, son ticket avec François Fillon fut un véritable coup de maître : leurs caractères, leurs compétences, leurs sensibilités politiques se complétaient et cela permit de rassembler toutes les droites sur un projet de rupture novateur. Et l’on peut penser que l’échec du quinquennat Sarkozy fut précisément causé par l’incapacité du Président à laisser chacun des deux aller au bout de ses potentialités. François Fillon, gaulliste et homme de valeurs, fut bridé, autant que Nicolas Sarkozy se brida aussi dans ses projets de rupture.

Laissant à Nicolas Sarkozy sa recherche du second qui atténuerait ses faiblesses, François Fillon roule désormais pour lui et, espérons-le, pour la France. En pleine cure de désintoxication socialiste, le chanteur Renaud lui a même déclaré sa flamme. Mais il faudra plus que ce soutien pour convaincre l’électorat de droite, désabusé et orphelin, que l’ancien Premier ministre est l’homme de la situation.

François Fillon trace donc son sillon avec sérieux. Et il a raison de proposer aux Français une grande ambition pour la France, ce que d’aucuns appelaient naguère le « grand dessein ». Car c’est d’abord d’un manque de perspective claire que souffrent les Français, et d’un rejet des réformes décidées à la va-vite, sans vision d’ensemble, comme la loi El Khomri.

Donc, en matière économique, il a fixé le retour à un taux de chômage à 7 % à la fin de son quinquennat et le plein-emploi dans dix ans. Un tel objectif, s’il était atteint, effacerait nos quarante années de chômage de masse. En outre, il propose de faire de la France la« première puissance européenne en dix ans ».

Voilà un horizon, un cap. Et il est bien le seul à en fixer. Mais c’est peut-être parce qu’il est aussi le seul à pouvoir le faire. Imaginez MM. Hollande et Sarkozy nous lancer ce slogan : ils ne récolteraient que sarcasmes.

Son souci de sérieux le pousse aussi – et c’est heureux – à avancer des pistes concrètes fondées sur sa crédibilité : il explore la piste du développement de l’auto-entrepreneuriat, lancé par son gouvernement. En détaillant les réformes, les aménagements, les garde-fous, la réécriture du Code du travail, la suppression du RSI (le « régime spécial des indépendants », qualifié par M. Valls lui-même de« désastre »). Redonner confiance aux artisans, aux créateurs, aux indépendants est évidemment l’une des clefs du développement économique.

Bon début, M. Fillon. Mais nous attendons la suite, car la France manque aussi cruellement de grand dessein dans tous les autres domaines : éducation, politique étrangère, sécurité, immigration, etc. Nous voulons bien vous créditer des qualités de sérieux, de courage, de votre capacité à rassembler, en homme de valeurs et de convictions, toutes les droites et les Français. Mais – et vous le savez mieux que personne -, pour devenir Président, et plus encore dans la situation actuelle, la qualité et la crédibilité de votre ambition pour la France seront déterminantes. Et aussi le choix de votre second.

Pascal Célérier